Dans l’obscurité de la salle des affiches d’un musée américain, un papier glacé repose sous verre, comme une promesse de vote collée au mur. Mais l’exposition ne vibre jamais tout à fait quand on passe devant. "Turn the Volume Up!" brandit des œuvres du XIXe au XXIe siècle, mais pas une n’accuse. Le texte de Xuxa Rodríguez, la commissaire, dit qu’il faut crier, ses cimaises, elles, chuchotent.
Rodríguez, ancienne conservatrice du Hammer Museum, a pioché dans un siècle de propagande électorale des slogans aussi vides que les urnes. "Vote. Petition. Meet your neighbors." Aucune date, aucun contexte, aucun politique réel. Juste la forme de l’urgence, vidée de sa matière.
Elle parle d’art comme outil de résistance. Les affiches pleurent, mais les poings restent serrés sur des cartes postales. Les images choquent, mais le visiteur range son téléphone intact. La contradiction n’est pas dans le message. Elle est dans l’écrin qui l’étouffe.
